Focus sur le convoyeur à bande transporteuse avec Arnaud Paulicand

Convoyeur à bande transporteuse

Rue du convoyeur

Arnaud merci d'avoir accepté cette interview. Nous avions vraiment besoin d'avoir l'opinion d'un expert pour savoir comment choisir un convoyeur à bande transporteuse. Nous avons donc fait appel à vous. Vous êtes un expert technique sur le sujet avec plus de 12 ans d'expérience. En poste chez hellomoov' le champion français de la transitique, vous intervenez partout dans le monde. Expliquez-nous comment vous faites pour aider vos clients à résoudre leurs problématiques avec des solutions de convoyages qui correspondent à leurs attentes.

Arnaud Paulicand

Mon objectif c’est toujours de trouver la meilleure technologie par rapport aux besoins de mon client. C'est le plus souvent par rapport à des attentes techniques ou par rapport à un existant. Certains de nos clients ont un type de convoyeur et ne veulent pas forcément en changer. Ils veulent souvent garder les mêmes technologies. Ces deux critères : le critère technique par rapport aux besoins et le critère de l'existant vont être les premières pistes d'orientation pour le choix d’un convoyeur à bande.

L’importance du type d’objet à transporter

RDC

Arnaud, quels sont les différents types d'objets que peut transporter un convoyeur à bande ?

AP

C'est vraiment large. Je travaille avec différents secteurs d'activités industrielles. Des secteurs qui vont de la mécanique à l'industrie pharmaceutique. Donc avec un convoyeur à bande on peut passer d'une boite de médicaments à un pignon qui sort d'usinage. Donc donner un type d’objet transporté sur un convoyeur c'est un peu compliqué. On peut résumer en disant un objet manufacturé. C'est à dire un objet qui va passer sur des lignes de fabrication et qui va forcément devoir être transporté dans l'entreprise. C’est là que les convoyeurs interviennent.

RDC

Les convoyeurs à bandes sont ils plutôt destinés aux industries manufacturières ?

AP

En grande partie.

RDC

D'accord. Et peut'on dire qu'ils sont très polyvalents dans ce cas ?

AP

C'est un moyen de transport pour aller d'un point A vers un point B. Nous avons même des clients qui utilisent un convoyeur pendant deux ou trois ans d'une certaine manière et qui vont ensuite l’adapter pour transporter un autre objet toujours dans le même atelier.

RDC

Quels types de produits sont destinés à être transportés par des convoyeurs à bande plutôt que par des convoyeurs à rouleaux par exemple ? 

AP

Un convoyeur à bande ça va plutôt transporter un produit unitaire.

Prenons l'exemple d'une boite de médicaments. Ça peut être ce genre de boîte unitaire tandis que les convoyeurs à rouleaux vont être utilisés pour des contenants. C’est-à-dire des boites en plastique ou des cartons par exemple. Avec des convoyeurs à rouleaux, on est déjà plutôt dans la deuxième phase de la fabrication du produit. Les convoyeurs à rouleaux sont plutôt utilisés pour le conditionnement.

Les convoyeurs à bande sont plutôt utilisés dans des phases soit d'assemblage, soit de fabrication ou de transfert entre différentes phases de fabrication.

 

La gestion de l’accumulation

RDC

Concernant l’accumulation, comment prendre en compte le fait qu'on va devoir accumuler des produits sur la bande ? 

AP

L'accumulation de produits sur la bande transporteuse génère un couple bien plus important sur le moteur. Cela peut aussi endommager la bande. Donc c’est une donnée vraiment importante. Ce n'est pas nous qui allons le définir, c'est le client qui va le définir suivant le process de fabrication. S’il veut créer une zone d'accumulation avant une machine, cela peut être pour différentes raisons. Mais la plupart du temps, c'est pour être sûr d'avoir le bon nombre de produits avant de passer à une étape suivante dans le process.

Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a toujours un temps de cycle à respecter. Donc il faut être sûr que le produit soit toujours à l'entrée de la machine. Donc on prévoit une petite zone d'accumulation sur le convoyeur. Le frottement généré entre le produit et la bande doit être pris en compte dés le départ pour le choix du type de bande transporteuse. Et après pour tous les calculs de couple nécessaire pour faire fonctionner ce convoyeur. 

Toutes ces données sont disponibles dans des tableaux où on explique bien ce qu'il faut faire en termes d'accumulation et de charges admissibles. Cela reste un peu compliqué parce qu’une accumulation de 30 kilos sur un convoyeur entre un produit du client X et un produit du client Y ne générera pas forcément le même couple. La surface du produit qui est en contact avec la bande change à chaque fois.

On a du carton, du plastique, de la ferraille... On a toutes sortes de produits, mais on a quand même un ordre d'idée. C'est pour ça que nous avons fait des anabacs sur le sujet. Ils indiquent les charges maximum recommandées en accumulation et hors accumulation. Mais ça tiendra toujours compte bien sûr de la longueur du convoyeur, de l'environnement, de la vitesse et de tout un tas d'éléments qui peuvent influer là-dessus.

RDC

Le fait qu'il y ait des contacts entre les produits sur la partie accumulation. Est-ce que c'est quelque chose d'important à prendre en compte ?

AP

Oui complètement ! Parce que justement ça génère du frottement. Alors déjà ça génère du couple et ensuite ça peut endommager soit la bande soit éventuellement le produit.

RDC

Qu'est-ce qu'on peut faire pour pallier ce type de risque ?

AP

Il y a tout un choix de bandes qui sont spécifiques pour l'accumulation, avec différents coefficients de frottement. C'est comme ça qu'on qualifie finalement la force que ça va générer sur la bande en termes de résistance. 

Il faut choisir soit des bandes simples, soit des bandes modulaires, soit des bandes crantées et on va adapter le revêtement qui est en surface. 

Le choix de la bande transporteuse

RDC

Quels sont les paramètres qui déterminent de choix de la largeur de la bande transporteuse ?

AP

Ça dépend de la dimension du produit. Mais il faut tout de même garder à l’esprit que l'on peut avoir des produits qui sont débordants sur un convoyeur. Ce n'est pas parce qu'on a un produit qui fait 400 mm de large que l’on est obligé de mettre une bande transporteuse qui fait 400 mm de large.

RDC

D'accord donc ça dépend de du produit que l’on va transporter et des contraintes. Pourtant on trouve partout sur le Net des recommandations qui nous disent que quand on veut mettre un produit sur une  transporteuse il faut prévoir 100 mm de largeur de bandes supplémentaires par rapport à la taille du produit. Qu'en pensez-vous ?

Arnaud

Ce n'est pas tout à fait vrai en fait. On a des convoyeurs qui transportent des produits de 400 mm sur des convoyeurs de 200 mm de large. Cela dépend aussi du produit. Si le produit est fragile ou s’il a tendance à se voiler par exemple, on va éviter le débordement. Donc encore une fois c'est en discutant avec le client et en regardant où va aller ce convoyeur dans le process que je vais définir la meilleure solution. Mais quand même : 

Le convoyeur est souvent un peu plus large que le produit.

RDC

Et si on a un produit lourd, faut-il prévoir une bande plus large ?

AP

On adaptera effectivement la largeur en fonction de la charge puisque plus le convoyeur est large plus on emmène de la charge. C’est pour ça que certains prennent des précautions et font toujours des convoyeurs plus larges pour être sûrs d'avoir une bonne force de traction afin d'emmener la charge.

Mais enfin chez hellomoov' la définition du convoyeur à bande commence par l’identification des deux critères de base : charge et vitesse.

Si je vois que la dimension demandée n'emmène pas à la charge, avoir un convoyeur un peu plus large pourrait être une solution. Mais quand je discute avec des responsables de chaines de fabrication ou de conditionnement, je me rends vite compte que l'encombrement est toujours une contrainte. La place est chère dans les ateliers. Le mètre carré est cher. C'est une solution un peu luxueuse de faire ce genre d'opération.

RDC

Cela dépend'il aussi des objectifs finaux de l'entreprise ? Si c'est gagner de la place par exemple ou gagner du temps ou les deux ?

AP

C’est toujours le cas dans toutes les entreprises. Les responsables vont chercher à gagner de la place. Le gain de place c'est très important. On a d'autres solutions que d'avoir une bande transporteue plus large pour emmener plus de charges. Les bandes crantées le permettent par exemple.

 

Les types de bandes transporteuses

RDC

Au niveau des matériaux des bandes, nous avons vu qu'il y avait du polyuréthane et du PVC par exemple. Nous avons vu aussi qu’en termes d'accumulation il fallait faire aussi attention au type de matériaux à utiliser. Pouvez-vous nous faire un point là-dessus ?

AP

On trouve deux grandes familles de bandes transporteuses

Les bandes PVC pour des transports classiques de A vers B. Il n'y a pas d'accumulation il n'y a pas de frottement. C'est vraiment la bande basique et de bonne qualité.

Ensuite quand on a l'accumulation, on a des frottements, là on va passer sur des bandes polyuréthane qui résistent beaucoup mieux à l'accumulation et qui ont un coefficient de frottement bien meilleur que les bandes PVC.

Après, il existe 200 à 250 types de bandes chez nos fournisseurs. L'industrie le nécessite. On peut avoir besoin l'adhérence dans le cas d'un convoyeur incliné par exemple. Là, on va chercher des bandes avec de l'adhérence, mais elles vont plutôt être à base de silicone. Et puis vous avez tout un tas de bandes spécifiques : avec des picots, avec des tasseaux soudés sur la bande, etc. Vraiment là, on va chercher à adapter la meilleure bande par rapport aux attentes. Mais on peut rester quand même dans ces deux grandes familles les bandes PVC et les bandes polyuréthane.

RDC

Et donc au niveau de la conception vous parliez tout à l'heure des bandes lisses, des bandes crantées, à tasseaux… Vous pouvez nous faire un petit récapitulatif : 

  • Les bandes transporteuses lisses c'est plutôt pour faire quoi ? 
  • Les bandes transporteuses crantées c'est plutôt pour faire quoi ?

AP

Alors il n'y a pas de règles encore une fois on transporte tellement de produits dans des process différents qu'il n'y a pas vraiment de règles. 

Mais bon quand même la bande crantée va être bien adaptée pour des charges un peu plus élevées. Du fait du crantage sur la bande et sur la poulie, on peut emmener plus de charges. Donc ça va quand même être une des applications le plus souvent utilisées. 

Et dans le haut de gamme, on peut aussi mettre des tasseaux soit soudés, soit vissés. Les tasseaux sont souvent utilisés pour faire du positionnement de produit c'est-à-dire qu'il n’y a pas vraiment de précision, mais le client veut espacer. C'est à dire avoir un espace entre les produits pour faire de la vision, du comptage, de l'étiquetage... Nous les utilisons aussi pour gérer des pentes : quand on doit monter le produit on met des tasseaux si le celui-ci a tendance à rouler sur la bande.

Donc je dirais : 

Les bandes lisses pour tout ce qui est transport classique A vers B avec ou sans accumulation.
Les bandes crantées plutôt pour les charges lourdes et du transport de positionnement précis, avec des arrêts précis. 

 

Le choix de la motorisation

RDC

Au niveau de la motorisation, il faut tirer la charge. Il peut y avoir de la résistance. Pouvez-vous nous expliquer tout ce à quoi il faut penser sur la partie motorisation quand on a un convoyeur à bande ?

AP

Il y a deux choses importantes. En fait, on va avoir deux forces qui vont nous intéresser. La première c'est la force au démarrage. C’est à dire que si le convoyeur s'arrête et redémarre avec toute la charge il faut être sûr que le motoréducteur prenne ce couple-là qui va être le plus important.

Et ensuite on a le couple en fonctionnement où là, la charge n'est pas vraiment posée directement sur le moteur. Elle est posée sur la bande du convoyeur. Donc on va appliquer un coefficient de friction qui va nous donner le couple en fonctionnement. Nous vérifions le couple au démarrage et le couple en fonctionnement.

Ensuite il est important de prendre en compte le nombre de démarrages par heure. En étant hors accumulation, on a des "stops and start". On va devoir vérifier le nombre d'arrêts et redémarrages par heure pour être sûr que le moteur va accepter ce nombre d'arrêts et redémarrage.

Donc :

Il faut prendre en compte les couples au démarrage, les couples en fonctionnement, le nombre d'arrêts redémarrage et puis bien sûr la puissance nécessaire pour emmener la charge.

 

La position du groupe de motorisation

RDC

Et dernière question au sujet du groupe de motorisation : 

Nous avons vu qu'il fallait choisir un type de moteur par rapport à l'utilisation qu'on veut en faire. S’il y a des arrêts ou pas par exemple... Mais quelle position choisir ? Plutôt une position centrale, plutôt en extrémité, plutôt moteur en dessous ? 

AP

Nous essayons d'avoir une gamme très modulaire avec tout un tas de configurations possibles parce que comme nous le disions au début l’espace est précieux dans les machines. On fait quand même beaucoup de petits convoyeurs qui sont intégrés à l'intérieur de machines donc on a besoin de pouvoir mettre le moteur un petit peu où on veut. C'est pour ça qu'on a toutes ces positions de motorisations. Nous recherchons une souplesse au niveau de la position du moteur pour obtenir un encombrement minimal.

Si mon client n'a pas d'impératifs, que le convoyeur est entre deux machines et qu’il y a de la place : On peut choisir ce que l’on veut. 

Clairement :

L'entraînement en extrémité est beaucoup plus léger donc en terme économique il est plus intéressant.

Le budget peut rentrer ligne de compte dans le choix, mais ce sera tout d'abord la technique avec l'accessibilité et la place disponible qui vont nous permettre de faire le bon choix.

RDC

Merci, Arnaud Paulicand, d’avoir pris le temps de partager avec nous toutes ces précisions sur les convoyeurs à bande transporteuses. 

 

Arnaud Paulicand
Export Technical Salesman
HELLOMOOV
w: www.hellomoov.com
  

 

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